Création chorégraphique dans et sur la prison
Le livre co-écrit par Sylvie Frigon et Claire Jenny
Chairs incarcérées : une exploration de la danse en prison
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Depuis la fin du XIXème siècle, la France mène une politique culturelle en prison, depuis les bibliothèques et les cours, au sein de laquelle la danse occupe une place certaine, bien que marginale. Méconnues, ces gestes chorégraphiques, qui s'inscrivent dans des espaces restreints et des corps repliés sur eux-mêmes, le sont sans doute parce qu’il est difficile de leur trouver un cadre de réflexion approprié. Il existe des chiffres bien sûr et le corps emprisonné et contraint a été l'objet de nombreuses investigations sociologiques. Mais une certaine culture chorégraphique semblait nécessaire en plus d’une connaissance du système pénitentiaire. Ce livre, Chairs incarcérées, a été possible grâce à la collaboration entre la chercheuse en criminologie Sylvie Frigon et la chorégraphe Claire Jenny qui collabore depuis vingt ans avec le milieu carcéral. Le texte est l’entrelacement de ces deux voix, de ces deux expériences, chacune complétant l'autre sans que la limite ne soit perceptible. Chairs incarcérées est un livre didactique et grand public, ce qui ne l'empêche pas d’être brillant. Ilne s'agit pas d'un traité de sociologie des plus pointus, pas plus que d'un essai d'esthétique. C'est le souci de concision et de clarté qui semble ici primer : il s'agit de montrer une réalité et les nombreux témoignages donnent une teinte documentaire à l'ouvrage. La construction est simple. Tout d'abord ce lieu où, le temps d'un livre, nous allons être témoins d'une expérience rare est circonscrit. On apprend ainsi tout d'abord à fréquenter ces corps exposés, dépossédés, aux sens amenuisés. L'anatomie des prisonniers se modifie à l'échelle de l'exiguïté des lieux et c'est de là qu'il faut faire partir la danse. Comment regarder au loin, comment projeter un geste quand on ne voit plus l'horizon ? Puisque la danse travaille le corps et que le corps est l'enjeu principal de la prison, la danse devient un formidable outil pour comprendre la prison. Et vice versa ; ce cadre particulier permet de comprendre ce que permet la danse contemporaine (dont les grands enjeux sont esquissés en quelques pages, à destination des non initiés, évoquant aussi bien Merce Cunningham que Laurent Goldring). Il ne s'agit pas ici d'éveiller les prisonnières à la danse en leur apportant une sensibilité ou une culture qu'elles n'auraient pas eu la chance d'avoir. II ne s'agit pas d'art thérapie non plus car les prisonnières ne sont pas des malades. Il s'agit d'utiliser la danse pour répondre point par point aux contraintes imposées par la prison, mais plus encore par la société. Et c'est là que ce livre dépasse son sujet en donnant à l'art chorégraphique une véritable prise dans la réalité battant en brèche toute critique qui en ferait un art obsolète, élitiste ou déconnecté des enjeux contemporains. |
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Florent Delval |




